Alerte santé:Le cancer de la prostate, une réalité (Félix Yepassis-Zembrou)
Année 2002. Seattle, sur la côte-ouest des États-Unis. La ville est balayée par le vent glacial de l’océan Pacifique, sous une fine pluie battante d’automne. Dans la salle de consultations de l’hôpital de l’université de Washington, l’atmosphère est lourde. Depuis un moment, j’attends la visite du chef de service d’urologie, Docteur Paul Lange, en promenant un regard angoissé sur les murs tapissés de schémas d’appareil génital masculin. J’avais le cœur serré d’autant plus que pour la première fois, j’allais connaître le plus grave ennui de santé de ma vie, alors que jusqu’ici je n’avais eu que de petits bobos sans importance. C’est justement à cause de cela que mon épouse m’avait vivement conseillé de faire un bilan de santé, indispensable après la cinquantaine, voire un peu moins.
Les premiers résultats d’examen cardiologique et du toucher rectal ne décelèrent rien d’anormal. Néanmoins, l’examen du sang révéla un taux de PSA (Antigène prostatique spécifique) élevé. Une biopsie s’imposait. J’appris alors que j’avais le cancer… de la prostate.
- C’est encore au stade primaire, expliqua l’urologue. Mais vous devrez le traiter au plus vite avant sa progression…Enfin, c’est vous qui décidez.
Il y eut un silence durant lequel je voyais ma vie basculer. - Avez-vous des questions, monsieur ? reprit le médecin.
- Oui, docteur… Quels types de traitements préconisez-vous ? Demandai-je, visiblement ébranlé.
- Eh bien, il y a la chirurgie (prostatectomie), la radiothérapie, les médicaments hormonothérapie, la chimiothérapie…
- Quels sont les risques et les conséquences pour la chirurgie ?
- Il y a l’incontinence urinaire, les troubles de l’érection ou impuissance si les nerfs contrôlant l’érection sont endommagés. Mais cela dépend de l’âge du patient. 25 à 60% des hommes de 60 ans en souffrent. Et le risque est plus élevé chez les patients de 70 à 80 ans.
Du coup la panique me gagna à l’idée de perdre ma virilité. - Je vous comprends, monsieur, dit-il. Certains patients préfèrent vivre avec la maladie afin de préserver leur vigueur sexuelle. Mais l’issue est souvent fatale, car le cancer, une fois atteint le stade des métastases, est irréversible. D’où nécessité absolue de faire un dépistage précoce afin de traiter la maladie dès son apparition.
- Comment est-ce arrivé, docteur, alors que je n’ai eu aucun symptôme ?
- Justement, le cancer de la prostate est souvent silencieux au début. Mais les symptômes sont plus manifestes lorsque la progression de la maladie va au-delà de la prostate. Cela se traduit par des difficultés pour uriner, des envies pressantes d’uriner au milieu de la nuit ou par la présence du sang dans l’urine et le sperme. D’autre part, les facteurs génétiques et les antécédents familiaux jouent également un rôle important. Ainsi quelqu’un a-t-il toutes les chances de développer la maladie lorsqu’un membre de sa famille a été diagnostiqué du cancer. Mais le cas est plus fréquent chez les Africains, les Européens et les Nords américains. Enfin, l’autre conséquence est que vous ne pourrez plus engendrer. À moins qu’on ne conserve votre semence pour une utilisation ultérieure in vitro. Je balayai du revers de la main cette éventualité et poussai un profond soupir qui en disait long sur mon désarroi et mon moral en berne. J’avais ma dose.
Le 11 septembre 2002. Une date noire qui coïncida avec le premier anniversaire des événements tragiques de New York et de Pennsylvanie. Le médecin me rassura que tout irait bien. Je pris rendez-vous avec son assistant pour les dernières dispositions en vue de mon opération. Cependant, compte tenu de mes convictions religieuses, je formulai le désir de ne point avoir à recourir à une transfusion sanguine en cas de complication. Le médecin n’y voyait aucun inconvénient. Toutefois il me fit signer une décharge contre l’avis de ma femme qui ne voulait sans doute pas devenir veuve.
Le lendemain à l’aube, j’étais debout, l’estomac vide. J’avais fait le dernier lavement une heure auparavant. Après la prière, nous partîmes pour l’hôpital. On me passa au poignet un bracelet imprimé à mon nom avec un numéro de matricule comme pour un nouveau-né. Devant ma mine pétrifiée, l’infirmière glissa à mon épouse : « Surveillez-le pour ne pas qu’il se sauve ! ». Cet humour me soulagea. L’instant d’après, j’étais sur un lit à roulettes. Le contact des draps chauds me donna la sensation de bien-être. Je fus aussitôt conduit vers le bloc opératoire. L’anesthésiste m’expliqua qu’il allait m’endormir. Il m’injecta un produit dans le bras. J’avais encore l’image de mon interprète, une jeune femme polyglotte, debout à mes côtés entrain de me parler de son pays, la Russie, et de la France qu’elle n’avait pas encore visitée. Puis ce fut le noir total.
Quelques heures plus tard : « J’ai envie d’uriner ! » balbutiai-je. Je voulus me lever, mais de robustes bras me retinrent. « Ne bougez pas monsieur ! ». J’entrouvris les yeux et j’aperçus des formes bizarres. Mon interprète avait l’air de quelqu’un d’autre. « Où sont vos lunettes ? » lui demandai-je, à demi-inconscient. Tout autour, des hommes et des femmes en blouse bleue. L’on me conduisit dans une chambre individuelle avec une grande fenêtre donnant sur la rue. Deux infirmiers me soulevèrent avec précaution et m’installèrent dans un lit plus confortable muni d’un masseur de jambes pour éviter les crampes. - Qu’est-ce que vous voyez, monsieur ? demanda l’un d’eux.
- Je vois une île pleine de sirènes, répondis-je encore dans les vapes (éclats de rire).
En fait, je commençais à émerger. L’on m’avait fortement conseillé d’appuyer sur le bouton d’un appareil lequel m’injecterait un calmant, en cas de douleurs post-opératoires. Mais en réalité, je n’avais pas mal, à part d’intenses envies d’uriner. Preuve que ma vessie commençait à retrouver ses fonctions normales, me dit-on. Tandis que dans la chambre voisine, les cris de douleurs d’une femme emplissaient les couloirs.
Dans le courant de l’après-midi, je reçus la visite du chirurgien : .« Il n’y a pa eu de complications pendant l’opération », dit-il. Je lui tendis la main en lui lançant un regard inquisiteur. « Rassurez vous, aucun nerf n’a été touché, ce qui laisse votre organe sexuel intact », ajouta-t-il. J’étais soulagé.
Le troisième jour, je regagnai la maison avec une sonde urinaire que j’ai du garder pendant deux longues semaines. J’avoue que c’est la seule chose qui m’avait vraiment indisposé. Pour le reste, je rends grâce à Dieu, le Créateur tout puissant de l’univers.
J’exhorte vivement les hommes à faire régulièrement leur bilan de santé, car « il vaut mieux prévenir que guérir ». Et puis , ne dit-on pas qu’« Un homme en bonne santé est un malade qui s’ignore », sachant que de nos jours, le cancer de la prostate constitue l’une des principales causes de la mortalité masculine. Que Dieu bénisse chacun de vous. FYZ



